mercredi 4 avril 2012

Naissance

Voilà un peu plus de cinq mois que j'ai donné naissance à ma fille. Il est temps pour moi de revenir sur cet événement extra-ordinaire. J'ai déjà écrit un récit, pour elle, très peu de temps après sa venue au monde. Mais il m'aura aussi fallu du temps pour digérer puis intégrer cet événement à ma vie.
Cette naissance s'est déroulée très rapidement, peut-être un peu trop pour moi. J'ai, dans un premier temps, eu l'impression de ne pas avoir accouché, aussi étrange que cela puisse paraître. Comme s'il manquait un élément à la construction de l'histoire. J'explique aujourd'hui cette "difficulté" (qui n'en est pas une !) par le contre-coup de l'accouchement dit idéal: rapide et sans souffrance. Rapide, parce qu'entre la rupture de la poche des eaux et la naissance de ma fille, deux toutes petites heures se sont écoulées; et sans souffrance ne signifie pas sans douleurs, mais celles-ci étaient motivées, je préfère parler d'efforts.

J'ai, dans un premier temps, eu du mal à m'exprimer sur cette naissance car je m'en suis sentie absente. Absente ? Et bien oui, mon esprit s'était effacé pour laisser le corps agir, accompagner mon bébé. Aujourd'hui, je comprends cette "absence". Je ne l'étais pas, j'étais simplement connectée, reliée à autre chose, à quelque chose d'inhabituel, d'exceptionnel. J'étais tout simplement avec mon bébé et plus vraiment à moi. Je n'étais pas absente puisque je me souviens de ce jour si particulier. Je me souviens de chaque détail, chaque émotion. Cette naissance est celle que je voulais offrir à mon bébé.
Aujourd'hui les éléments sont reliés. En voici, le récit:

Nous sommes le 2 novembre, J+4 du terme. Tu montres les premiers signes de ta venue au monde !

La veille, mardi 1er novembre, j'ai ressenti deux contractions, juste deux, me prévenant de ton arrivée toute proche. Le lendemain matin, il est 5 heures et je m'éveille par une contraction. Pater dort encore. Je me lève. 6 heures, deuxième contraction, 7 heures, troisième contraction, etc. Le travail commence tranquillement. À 8h30, je décide d'appeler Jack, la sage-femme qui m'accompagne depuis le troisième mois de grossesse. Je la préviens du début du travail. Elle passera me voir bientôt.

À 10h15, la poche des eaux se rompt discrètement. Nous sommes tranquilles dans notre maison, Pater notant scrupuleusement les heures précises des contractions (son geste méticuleux prendra vite fin). Les contractions semblent se rapprocher sans être trop douloureuses, ton arrivée se fera dans la douceur. C'est à ce moment là que Jack nous rend visite à la maison. Elle nous approche doucement et nous confirme avec le sourire que tout va bien. J'ai des contractions toutes les 30 mn, que je supporte bien. Jack nous laisse vivre ce travail à deux, elle reviendra plus tard. "Plus tard", ce n'est pas maintenant que mon bébé va naître ?
Non, pas tout de suite. Et quand est-ce que je saurai à quel moment rappeler ma sage-femme ? Elle me dit qu'à un moment, le travail "basculera". On se fait confiance. Nous savons et elle nous le rappelle, qu'elle viendra dès que nous aurons besoin d'elle.

A peine 15 mn après le départ de Jack, tout s'accélère rapidement, les contractions ne sont plus espacées de 30 mn mais de 3, le tout sans transition. Il devient difficile pour moi de trouver des positions dans lesquelles elles ne soient pas douloureuses. J'ai envie de faire pipi, je me pose sur les toilettes et là, oh miracle, je me sens bien !
Pater décide d'appeler calmement Jack pour qu'elle revienne, alors que je suis surprise par une nouvelle sensation: ça pousse, et cela me surprend tellement que je hurle. Pater, quant à lui, n'est plus tout-à-fait calme face à ma réaction. La puissance des sensations que produit mon corps m'étonne, me surprend, m'envahit. Je comprends alors que je ne suis plus maître. Je n'ai plus d'autre choix que de me laisser aller, j'essaie d'écouter ce que me dit mon bébé, de suivre ses poussées. Mon seul exutoire, c'est Pater qui me le souffle: je peux crier, accompagner cette douleur par la voix.

Jack arrive quelques minutes plus tard, elle me trouve dans les toilettes et m'en déloge finalement. Je retrouve ma chambre et le futon installé au sol pour la naissance. Genoux au sol, ma tête et mes bras reposent sur un énorme ballon. Je souffle, respire. Pater sait soulager les douleurs, il me masse consciencieusement, répète inlassablement les mouvements que nous avons appris lors de séances de shiatsu. Nous vivons une incroyable fusion à ce moment T: nous n'échangerons que peu de paroles pendant cette toute petite heure. Les massages me permettent de récupérer entre chaque contraction. Je récupère tellement bien que je manque de m'endormir. Je ne souffre pas, j'accompagne mon bébé. Mon esprit s'absente pour laisser au corps ce qu'il sait faire, ce qu'il a à faire.
Jack est présente mais discrète, laissant toute la place notre "savoir" de parent. Elle est là, et me rassure quant à deux reprises, j'émets des doutes sur l'efficacité de mes poussées. Elle me dit de me faire confiance, que ce sur je fais est très bien. Et j'ai confiance en elle. Pater me murmure que je fais un super boulot. Et j'ai confiance en lui. Mon bébé pousse et j'écoute son envie de venir nous rencontrer. Et j'ai confiance en lui. J'ai alors confiance en moi.

Puis, derniers efforts, mon bassin bascule en avant et mon bébé arrive. Jack l'accueille, le couvre bien vite et me le présente. Il est là, entre mes jambes. Et le temps reste suspendu ....
Je reste "absente" quelques secondes. Pause. Puis je croise le regard de ce petit être: mon bébé, tu es là ! Nous nous regardons intensément, profondément. Je caresse ton visage, je sens ta peau. Je te reconnais.

 


Quelques minutes plus tard, nous nous installons au lit, sous la couette. Nous sommes bien au chaud, collés l'un contre l'autre. Pendant que Jack s'occupe de moi, je ne quitte pas du regard (et cela permet de supporter les derniers efforts physiques pour la délivrance et les petits points de suture dont j'ai besoin pour réparer les traces de ton passage).
Nous sommes enfin tous les trois au lit. Nous nous regardons tous, comme intimidés. Nous décidons qu'il est temps de savoir si tu es un garçon ou une fille. C'est une fille ! et je ne peux m'empêcher de dire que "je le savais". Nous devons maintenant d'attribuer un prénom. Nous étions fixé depuis une semaine, avant cela nous avions trois prénoms en tête. Nous te nommons É****, comme ton arrière-arrière-grand-mère paternelle. On se dit que c'est un peu fou comme prénom, mais nous aimons cette sonorité slave, qui nous rappelle notre rencontre à Prague à l'été 2002.

Jack toujours aussi discrète, veille sur nous, pendant encore quelques heures. Nous sommes heureux, d'avoir partagé cette naissance en toute intimité, en toute simplicité, à la maison !

Bienvenue É !


1 commentaire:

  1. C'est beau. Merci d'avoir partager ce moment si particulier.
    C'est sans doute parce que l'accouchement approche pour nous aussi que j'ai eu envie de lire cette expérience.
    Ca me donne encore plus confiance en nous.
    Merci encore.
    Nadèle

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